Réflexion
De la légalité des sites d’identifications sur Internet et dans les magazines spécialisés.
Dès le début des années 2000, les revues spécialisées de la détection et les forums d’identifications sur Internet ont banalisé la chasse aux objets de valeurs historiques. En effet n’importe qui expose n’importe quoi. Les objets métalliques ont-ils été trouvés sur des terrains de fouilles archéologiques ? Sur des sites non encore référencés ? Nul ne le sait, c’est ce qui pose un problème.
{no-combomax}
Les identifications représentent une excellente opportunité de connaître l’identité d’un objet à moindre frais. Qu’elle différence y a-t-il entre le serveur e-bay et ces sites ? Aucune, si ce n’est l’absence du prix, mais rien n’empêche un internaute de contacter le découvreur via un post personnel. C’est là tout le procédé perfide d’un monde qui se veut irréprochable alors qu’en définitive ces sites et ces magazines participent a leur dépend à l’incitation de détecter sur des terrains archéologiques classés. En définitive, ces images d’objets identifiés ou à l’être devraient trouver leur place dans des revues archéologiques. Cet été ayant passé les vacances en Angleterre je me suis rendu dans un magasin de détection et le propriétaire m’expliquait que les objets étaient systématiquement envoyés à une association archéologique locale qui les étudiaient et les identifiaient, gratuitement…Preuves à l’appui.
Le reportage de France 3 diffusé localement en île de France en septembre 2006 et largement rediffusé sur le site du « Fouilleur » est l’illustration d’une contre productivité. L’équipe du Fouilleur n’est en rien responsable. En effet durant le reportage une voix off nous explique que telle pièce de monnaie a été vendue 800 € sur e-bay alors qu’elle en valait 10 fois plus ! Mince ! Si l’on avait connu les sites d’identifications avant ! Les journalistes ne manquent jamais l’opportunité de creuser sur ce sujet, il est toujours difficile d’y échapper, nous sommes bien placé pour le savoir. Ce propos ne fait que souligner encore plus le rapport à l’argent avec les objets archéologiques tellement facile à trouver grâce aux détecteurs de métaux.
Vers une restriction de la détection de loisir.
Certains prônent un tour de table pour redéfinir un projet de loi pour légaliser la détection de loisir et de ce fait, se sentir libre de fouiller en déclarant les objets (à la Drac, bien entendu). Il serait intéressant de connaître le nombre de déclarations faites par l’ensemble des « détectoristes » en 2005. Tout ceci n’a pas de sens, cela nous rappelle l’affrontement pour la réglementation des mines désaffectées au début des années 80 : d’un coté les minéralogistes qui revendiquaient leur actions dans ces mines et les archéologues qui inscrivaient leurs travaux dans le cadre de fouilles archéologiques. Tout le monde voulait le titre de gardien du temple ! C’est une bataille médiatique articulée autour de personnalités, de manifestations, d’exposition qui suivit, beaucoup de bruits et d’énergie pour rien. Actuellement les fonds pour les fouilles archéologiques fondent comme neige au soleil soulignant le manque de moyen pour juguler les pillages. Est-ce la faute des pouvoirs publics ? Certainement, mais pas uniquement, ce sont les lois qui ne sont pas assez sévères devant un acte de pillage. Les archéologues vont bientôt devoir ajouter une rubrique à leur formation : celle des commandos ou l’art de la dissimulation ou plus simplement, ne devraient-ils pas taire au public leurs travaux avant la fin des fouilles ? Tout a été pensé pour faire fuir les pilleurs qui viennent aussi en commando la nuit, les interférences eléctromagnétiques perturbants les détecteurs de métaux, la dissimulation d’objets ferreux qui peuvent réduire l’efficacité des appareils ou l’élevage de sanglier nourris au yaourt (au bifidus actif) et qui montreraient une certaine agressivité (on les comprends, et puis çà change des dobermans !!!). Les lieux de fouilles sont souvent pillés, c’est un fait. On comprend sans difficulté que le monde de l’archéologie soit dépité et relativement hermétique aux tentatives de rapprochement entre la prospection à l’aide de détecteurs et l’archéologie. Vaines tentatives de personnes ou d’organismes en mal de reconnaissance. Rien n’empêche un archéologue d’utiliser un détecteur de métaux sans faire appel à un « détectoriste » et rien n’empêche un détectoriste de laisser sa « poêle à frire » à la maison pour participer à un champ de fouille. L’archéologie, c’est un métier diplômé de plusieurs années d’études, la détection ne demande qu’un petit temps d’adaptation, mais que de résultats en peu de temps… sonnants et trébuchants !!! Alors il reste la réglementation et les arrêtés municipaux qui peuvent restreindre la liberté de scanner le sol ou bien une prise de conscience collective pour ne plus exposer ces trouvailles ou une révision des textes de loi visant la détection de loisir comme en Angleterre.
Jean-philippe RODRIGUES
29 septembre 2006
|