Detection et Fibulanophilie
Par Serge Beninati
Lorsque je n’étais
qu’un frêle jouvenceau et que se mettaient à dos les sens, en ces temps
où la confusion des sentiments envers la gent féminine me tiraillait de toute
part, je n’avais qu’un réel souci, ô combien légitime, celui de mon image.
Chaque nuit, je priai les Dieux pour qu’ils me préservent de cette disgrâce purulente, qui se faisait
génitrice de tant de railleries immondes, mais pleines de camaraderie dés le
lendemain.
A peine me levai-je que je courais inquiet au-devant
de mon miroir, pour détecter la présence d’un éventuel bouton, signe d’une
journée qui s’annonçait très mal….
Aujourd’hui, presque 30 années plus tard, à la
veille de chaque sortie pastorale, accompagné de ma fidèle machine, je prie
encore les Dieux pour qu’ils me permettent de détecter, cette fois, un de ces
merveilleux objets, appelé « Bouton » et qui non seulement est le
témoin incontestable de la présence humaine passée, mais aussi la preuve qu’à
ce jour, ma « boutonnesque » phobie d’antan s’est transformée en une
folie bien plus douce, la fibulanophilie.
Et oui, je suis un fibulanophile, ce qui revient à
dire que je collectionne les boutons.
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Je pense que tout détectoriste a dû en trouver au moins un, lors de ses
expéditions champêtres, que ce soit celui d’un uniforme ou alors un simple
bouton métallique, qui même dans sa plus
ténue simplicité aura une histoire.
Je ne parle pas des raisons de sa chute au sol, même
si l’anecdote pourrait être intéressante, voire croustillante, mais plus simplement des origines de cet ustensile qui
sont bien lointaines, vu qu’elles remontent jusqu’à nos cousins préhistoriques,
qui s’en servaient déjà pour attacher leur doudoune polaire en poils de
mammouth tressés.
Et oui, nous n’avons rien inventé, mais par contre,
on a amélioré ce petit détail vestimentaire au fil du temps.
En fait, à ses débuts, le bouton n’avait qu’un rôle
utilitaire et était bien souvent de grosse taille, n’offrant que très rarement
un bel aspect. C’est au fur et à mesure que les vêtements se rétrécissaient en
épousant plus parfaitement les courbes du corps que le bouton est entré dans
ses années de noblesse.
Ce sont, parait-il, les croisés qui ramenèrent de
leurs campagnes la boutonnière, et dés cet instant, la mode évoluant, le bouton
a suivi son ascension, sonnant le glas pour feu la fibule.
Les hommes, par exigence de style, étaient plus
boutonnés que les femmes, accoutumées aux larges robes. A la Renaissance par
exemple, le bon goût était aux pourpoints et aux hauts-de-chausses que l’on
décorait de beaux et magnifiques boutons par dizaine.
Certains gilets de cette époque en étaient garnis
d’une trentaine, Henri III en était tellement recouvert, qu’aujourd’hui il
aurait pu en faire le négoce, en ouvrant sa mercerie.
Les matériaux
employés à leur confection étaient d’or ou d’argent pour nobles et riches, n’hésitant pas à faire
appel aux artistes qui oeuvraient sous la férule de corporation de boutonniers
ayant vu le jour dés le XIIIe siècle.
Notre bon Roi Soleil était un fan de beau bouton,
mais je doute que l’on puisse en trouver en détection qui puisse ressembler à
ceux de sa garde-robe personnelle, car ce bon vieux Louis, amoureux de la
beauté se les faisait recouvrir de diamants ou d’autres pierres précieuses.
Cependant, il a contribué à son essor et
parallèlement à cette ardeur qu’il portait pour ce bel apparat, il en vint à
protéger les fabricants de dentelle qui eux aussi réalisaient de beaux modèles
finement brodés.
L’engouement pour le bouton était tel, que certains
pays n’hésitaient pas à créer des lois pour protéger drapiers et passementiers,
au gré des exigences politiques et commerciales, légiférant ainsi sur les matériaux à utiliser.
Au XVIIIe, le bouton eut vraiment de très grands
moments d’existence, et c’est ce siècle qui vit son apogée.
Les boutonniers confectionnaient à tout vent avec
différentes matières telles que le verre, la porcelaine, l’émail, le laiton,
l’étain, le cuivre, bref tout était bon pour la création.
Arrive alors la révolution industrielle et le bouton
se fabrique par millier, grâce à la nouvelle technique de l’étampe.
Mais, c’est aussi là, la raison de son déclin. La
fabrication de masse entraîna exportation et importation, et tous subirent les
affres de la concurrence étrangère (vous voyez que rien n’a changé).
A la fin de la première guerre mondiale, le bouton
entre dans son age dit « moderne » par les collectionneurs et il est
depuis ce jour, ce qu’il est aujourd’hui.
Pour ma part, j’ai une préférence pour les vieux
boutons qui décoraient les uniformes militaires ou civils, nous renseignant
ainsi sur le grade ou la fonction du préposé, certains permettant même de
connaître les salaires en fonction de leur couleur.
Ces boutons ont aussi évolué dans leur principe de
confection ; avant 1830 ils étaient fait d’un tenant, la queue étant
moulée en même temps que le corps avec de l’or ou de l’argent pour les hauts
gradés et avec le plomb ou l’étain pour le reste des troupes et des
subalternes, bien entendu. Ensuite, ils étaient faits de deux parties, la face
toujours renseignant sur le régiment ou l’institution, et l’arrière sur le
fabricant. La queue y était alors soudée et formait bien souvent deux U
entrecroisés en angle droit.
Certaines de mes trouvailles
« boutonneuses » et martiales ont sur leur face, un nombre entouré
par un cor de chasse, il s’agit là du numéro d’un régiment, ou alors une
grenade ciselée, ou une belle ancre couronnée, mais malgré tous ces détails
utiles pour l’identification, il suffira de faire des recherches sur cette
unité représentée ; y apporter une datation exacte est très ardue, surtout
si de sa figure rien ne parait.
La queue, alors, peut être d’un petit secours, mais
il faut être convaincu tant le système des attaches est recopié à travers le
temps.
A mon avis, plus la queue est fine et fragile dans
son attache, plus l’objet a de la chance d’être ancien.
Personnellement une date approximative me suffit,
car ce que j’aime le plus sur le bouton, c’est imaginer son histoire
anecdotique, et si son identification s’avérait impossible, il n’en resterait
pas moins le témoignage de notre passé.
Serge beninati
30 mai 2007
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