Détecter…un devoir de Mémoire
Par Serge Beninati
Contes est un lieu chargé d’histoire comme tout
village de France et de Navarre, mais l’ Histoire que l’on étudie à
l’école, celle avec un grand H, est le résultat d’une multitude
d’histoires vécues et écrites, non seulement par d’illustres
personnages dont les noms s’égrènent devant les pupitres scolaires,
mais aussi, par des hommes et des femmes dont le patronyme restera à
jamais dans le néant silencieux de nos connaissances…
Aujourd’hui, je pense à l’un d’eux, qui
sans le savoir aura contribué à la rédaction de cet article que je
vous livre pudiquement.
Article Nice matin
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Contes, village de l’arrière-pays niçois, entre mer et montagnes,
perché au sommet d’un éperon rocheux qui domine la vallée des paillons,
sereine et verdoyante. Nul doute que ce site, par sa position
géographique et ses atouts climatiques, devaient anciennement être une
place stratégique. Nos ancêtres Ligures ne s’y sont pas trompés en s’y
installant.
Tout près de mon domicile, se trouve un grand pré partagé en trois plateaux d’herbe rase.
Dessus, aux abords de la route, s’érige avec fierté une tour qui se bat contre l’usure du temps, pour que l’on puisse se rappeler que jadis des gens ont résidé en ces lieux.
L’endroit est idéal pour prospecter, et aucune rocaille ne viendra abîmer la tête de détection de mon appareil, tant le terrain est plat.
Apres avoir eu la permission du propriétaire, j’y suis donc allé, l’âme vive et excitée par les éventuelles trouvailles que je pourrais y faire.
L’endroit était vierge de toute intrusion de detectoriste; la preuve en fût donnée par le nombre incroyable de débris de métaux que je ramassai.
Les incontournables « tirettes » en alu, les cannettes, les emballages métalliques de toutes sortes et d’autres morceaux hétéroclites de ferrailles non identifiables parsemant indécemment cette terre, ont presque réussi à me décourager tant il y en avait.
Malgré tout, au milieu de tous ces artefacts je comptabilisai deux monnaies du second empire, et bien qu'usagées, celles-ci me donnèrent la force de continuer.
Ma patience allait être récompensée.

Après avoir déterrées trois balles de mitrailleuse de calibre 50, que j’identifiai comme étant de fabrication américaine, mon détecteur se mit a bourdonner un son très aigu.
Mes pensées s’interrogeaient sur la présence des ces ogives de cuivre, l’une traçante, l’autre incendiaire et la dernière, dite perforante.
Car leur réalité, en cet endroit, attestait un conflit militaire datant de la seconde guerre mondiale.
Si je ne les avais pas trouvées, jamais je n’aurais pensé que ce lieu idyllique avait subi les affres de cette guerre.
Le son strident qui crissait dans mon casque me ramena au présent, et je localisai là, une énième cible métallique que je ramassai, après avoir délicatement dénudé le sol de sa couche.
Mon cœur battait la chamade, j’avais dans ma main une plaque d’identité militaire intacte, ayant appartenu à un soldat américain venu se battre ici, sur ces terres niçoises, pour la Liberté, il y a près de 65 ans.
Derechef je stoppai mon errance et retournai chez moi pour trouver tous les renseignements possibles sur ce GI.
Grâce au Web et à l’aide d’un ami, Pierre-Yves Meslin qui réside aux USA, on a pu retrouvé la trace de ce militaire.
Voici ce qu’il est écrit sur un site de vétéran :
AMOS M STEPHEN est né en Oklahoma en 1918.
Il a reçu une éducation scolaire jusqu’en primaire.
Citoyen américain de race blanche.
Travaille dans les forages.
Marié.
Vivant à TORNILLO, TEXAS, prés de la ville d’EL PASO.
Appelé sous les drapeaux à FORT BLISS, EL PASO, TEXAS, le 05/02/1942.
Grade de Caporal.
Type de sang O.
Religion protestant
Vous pouvez vous imaginer l’émotion ressentie à ce moment, cette plaque militaire, ce « dog tag », avait un propriétaire reconnu et il ne restait plus qu’à le retrouver.D’autres recherches nous ont mené jusqu’à une date malheureusement posthume.En effet, ce Héros est décédé en Californie, en 1996.Il aura traversé au minimum deux fois l’Atlantique, et sera rentré vivant de ce conflit meurtrier, mince consolation.
A ce jour, nous espérons recevoir une réponse aux courriers envoyés au maire d’ EL PASO et à la Maison Blanche, afin qu’ils nous aident à retrouver un descendant de ce soldat qui a combattu un jour, sur un terrain quelconque d’un village anodin qu’il ne connaissait certainement pas, Contes.
Y aura-t-il un descendant, ou même son épouse, peut être, à qui nous pourrions remettre cette plaque militaire, car elle est le digne et noble héritage de cette famille.
C’est le minimum que l’on puisse faire pour un homme qui se sera battu afin que la Liberté perdure.
La détection est certes un loisir de passionné, mais elle est aussi un Devoir de Mémoire et l’AMP ne dérogera pas à cette philosophie que nous partageons tous.
Nous ne manquerons pas de vous informer du dénouement de cette histoire, dès que nous aurons des nouvelles fraiches de nos lointains cousins américains…
Gardons l’espoir…In God we trust.
Serge Beninati
Mai 2007
Blog personnel : http://celtik06.spaces.live.com/
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